Le soleil se couche, magnifique astre que nous contemplons. Assises sur une falaise, silencieuses, moi et Hélène observons depuis quelques instants l’horizon. Du moins, je suppose qu’elle le fait.
Mon regard, lui, est dirigé vers ma compagne. Elle ne le sait pas, Hélène n’est pas au courant de mes sentiments pour elle. Depuis des semaines, voire des mois, je sais l’aimer. D’un amour profond et sincère. Mais je ne peux le lui dire, elle trouverait cela inadéquat, non…?

Alors, je me contente d’admirer son beau minois. Avec les cheveux couleur de l’ébène, ses mèches qui lui tombent sur le visage ainsi que ses yeux émeraude, elle dégage un charme naturel tout à fait envoûtant. Ses mains, posées sur chaque côté de son corps, la stabilisent. La position dans laquelle elle se trouve me permet d’entrevoir l’ouverture de sa chemise, la naissance de ses seins.

Dans une faible tentative de nous rapprocher, j’effleure ses doigts des miens. Elle frissonne, sans doute est-ce à cause de la légère brise qui vient de se lever.

Dû à cela, je peux apercevoir les poils de son bras qui sont dressés, mais le vent en est-il vraiment la raison?

Afin de m’en assurer, je remonte lentement le long de son bras, posant à peine mes doigts sur sa peau. Sans m’arrêter, j’arrive jusqu’au pli de son coude avant qu’elle ne fasse le moindre mouvement.

Hélène n’a pas enlevé ses mains, elle est demeurée positionné de la même façon. Toutefois, son regard a quitté l’horizon pour rencontrer le mien. Je peux y apercevoir de la crainte ainsi qu’un peu de peur.

-Ça va? je lui demande, ne voulant pas la faire fuir.

-Pourquoi ça n’irait pas?

Sa réponse m’encourage, mais je ne sais pas trop ce que cela signifie. Je déteste que l’on réponde à mes questions par d’autres questionnements.

-Toi, réplique-t-elle par la suite, es-tu sûre que tu te sens bien?

Elle lit dans mes pensées comme toujours. Son regard se fait à présent inquisiteur, fouillant les replis de mon âme. Que puis-je ajouter à cela? Non, ça ne va pas. Je suis profondément amoureuse d’une femme qui ne me désire pas, voilà.

Comment le lui faire comprendre?

-On peut dire, que je dis, en proie à de nombreuses contradictions.

D’un mouvement de ses hanches, Hélène se rapproche de moi, à quelques centimètres seulement. Je me sens dans une position à présent inconfortable, simplement à savoir que cette femme est si près de mon être.

Sa main à elle s’approche de moi, jusqu’à effleurer mon visage. Savourant ce contact, qui ne se produit pas souvent, je soupire. Je ne peux pas lui dire, je ne veux surtout pas perdre cette femme qui m’est plus chère que tout au monde. Et comme cet amour est interdit…

Il ne s’agit pas seulement du fait que nous soyons des femmes. Avec ses trente ans, et mes dix-sept ans, nous faisons face à une différence d’âge des plus impensables. Même si ses sentiments étaient les mêmes…

-Tu sais que je t’apprécie beaucoup, commente Hélène. Depuis que je te connais, je me suis rendue compte que tu m’importais plus que tu ne pourrais le croire.

-Ça ne dépassera jamais ce que je ressens pour toi…, je laisse échapper dans un doux murmure.

Je lui ai dit. Sachant qu’elle est surprise – parce que la peur est revenue dans ses yeux – je n’esquisse plus le moindre geste. Mes yeux se perdent un instant dans ces iris émeraude, y tourbillonnent dans un même souffle.

L’espace de quelques minutes, rien ne se produit. Nos gestes sont suspendus, interrompus par le temps qui se contente de nous observer.

Puis, au-delà de toutes mes espérances, le visage d’Hélène se rapproche du mien, une dernière fois. Je mentionne une dernière, parce qu’il ne serait pas possible de le faire plus. À quelques millimètres l’un de l’autre, plus d’échappatoire possible.

J’avance légèrement mes lèvres, les appuyant sans fermeté contre celles de la femme. Un frisson me parcoure le corps en même temps. Alors, Hélène répond à mon baiser et pose une main à la base de mon cou.

Il ne fait plus frais. À présent, j’ai l’impression que mon être tout entier se consume pour elle, pour celle que je n’ai jamais cessé d’aimer. Nos lèvres suivent le mouvement, s’embrassent, se caressent tendrement.

Avec douceur, pour ne pas la brusquer, je dépose ma main sur une des hanches d’Hélène. Cette dernière gémit, comme un encouragement. Je me permets donc de caresser l’endroit, sans trop d’appui.

Mais la femme face à moi se relève et s’assoie sur mes cuisses. Puis, elle déboutonne lentement son chemisier et m’observe avec intensité. Je glisse une main tremblante dans son intimité, effleurant la peau si douce. Seul son soutien forme un obstacle avec ses seins, mais je peux toucher leur naissance. Avec gêne, je m’exécute.

Hélène s’empare de nouveau de mes lèvres, étouffant un soupir. En même temps, je termine de déboutonner son haut et le descends sur ses épaules.

-Ne soit pas si nerveuse, me murmure-t-elle. Ça va aller…

-C’est… Je veux dire que… Enfin… Je n’ai jamais fait ça… Pas à une femme…

-Ne t’en fait pas…

Sous ces mots, elle me pousse sur le dos, qui se pose sur la surface dure de la pierre. À quelques centimètres de moi se tient son visage, si doux, si merveilleux. Alors que j’ai rêvé des milliers de fois qu’elle accomplisse ces gestes, je me retrouve prise au dépourvu…

S’allongeant sur moi – non sans m’avoir au préalable retiré mon chandail – Hélène prend soin de ne pas mettre tout son poids. Pas qu’elle soit grosse, au contraire. Une taille des plus fines la caractérise. Mais sans doute ne veut-elle pas prendre la chance de me faire du mal.

À présent, ses lèvres descendent sur mon visage, jusqu’à se poser sur mon cou. Dans une continuité de mouvement, elles vont jusqu’à mes seins. Il ne faut pas plus de quelques secondes pour qu’elle me retire mon soutien-gorge, les libérant.

Pendant que mes pensées voltent dans tous les sens, celle que j’aime caresse les pointes de mes mamelons de sa langue. Je les sens durcir à ce contact humide. Un doux gémissement s’échappe de ma bouche, qu’elle vient aussitôt ressaisir.

-Je ne sais pas comment… je prononce avec gêne. Jamais encore je n’avais envisagé…

Ses yeux brillant d’un amour inconditionnel suffisent à me faire taire. Décidant alors de prendre l’initiative, je la retourne sur le dos, la chevauchant. C’est la première fois que je me sens si puissante et si offerte en même temps.

Esquissant un mince sourire, je caresse ses seins par-dessus le léger morceau de tissu. Puis, le dégrafant, je le lui retire, comme elle l’a fait auparavant avec le mien.

Ma bouche suit le même chemin que la sienne, jusqu’à ses mamelons. Ces derniers sont déjà durs, témoins de son excitation. Avec lenteur, je les prends dans ma bouche, avant de les mordiller doucement. Le son que j’entends pousser Hélène me confirme qu’elle aime.

J’effleure son ventre au passage, et mes doigts se posent sur les jeans de la femme sous moi. J’ai toujours eu un faible pour cela, je ne sais pas trop pourquoi.

Alors que je me saisis de la fermeture éclair pour l’ouvrir, je crois à nouveau le regard de ma belle. Dans ses iris brille à présent une excitation peu commune. Je sais qu’elle me désire.

Je déboutonne donc ses jeans et les glisse lentement sur les jambes. Seule sa petite culotte forme un obstacle entre mes lèvres et son intimité. Me voilà mal à l’aise. Comment m’y prendrai-je pour faire plaisir à une femme, moi qui n’ai fait que des fellations?

Devinant mon trouble, Hélène se redresse. C’est elle qui me retire mes propres pantalons, avant de m’allonger sur le dos. Entre deux baisers, j’entends ses paroles :

-Si tu savais à quel point je peux t’aimer… Si tu savais comment je suis amoureuse de toi… Seulement de ta volonté, tu pourrais faire trembler les étoiles, s’éclaircir l’astre lunaire… Tu es si belle…

Je ne sais que répliquer à cela. C’est réciproque de ma part, il n’y a aucun doute. Donc, je ne dis rien. J’imagine que la femme face à moi aura lit dans mes yeux ce que j’éprouve pour elle.

Sa bouche suit le chemin de mon corps, mes seins, mes hanches, pour se poser sur ma culotte. Avec toute la lenteur du monde, elle la fait glisser sur mes jambes. Puis, après un dernier regard en ma direction, Hélène pose ses lèvres sur mon sexe.

Au premier contact, je me cambre déjà. Une sensation que je n’ai pu trouver même avec les mecs m’envahie. Je me sens désirée, aimée.

Pendant que sa bouche s’active sur mon intimité, pendant que sa langue s’engouffre de plus en plus profondément en moi, je réalise que je n’ai jamais été aussi bien de toute ma vie. Des frissons me balaient le corps, de plus en plus intenses.

Sous un dernier coup de langue, je pousse un gémissement plus intense que les autres. Ayant eu un orgasme plus fort que je n’aurais pu m’imaginer, plus fort qu’avec aucun autre homme, je me sens comblée.

Je relève la tête d’Hélène avec empressement, pour lui offrir ce qu’elle-même vient de me donner.

Mes doigts se posent sur son intimité, rasée de près. Je prends le temps de caresser son sexe, puis penche la tête à mon tour.

Ne sachant pas trop comment m’y prendre, j’hésite un instant. Lorsque je sens sa main caresser mes cheveux, je m’élance et pose mes lèvres sur les siennes, plus intimes.

Avec lenteur, je commence par effleurer le contour de son sexe, pour ensuite m’emparer de son clitoris. Je fais rouler lentement celui-ci entre mes lèvres, puis lèche l’entrée de son sexe.

J’approche mes doigts, et en fait pénétrer deux alors que ma langue caresse toujours sa fente. De ma position, je parviens à entendre les gémissements que poussent Hélène, qui m’encouragent à continuer mon traitement.

Quelques secondes après seulement, je sens son corps s’arquer sous les coups de l’orgasme. Un cri qui s’apparente quelque peu à un hurlement sort de sa bouche, jusqu’à ce que je remonte vers elle.

La noirceur qui commence à se montrer ne m’empêche pas de distinguer correctement ses traits, que je me suis imaginée des milliers de fois. Fins et lisses, ils ne laissent aucunement transparaître son âge.

Son âge…

-Tu sembles préoccupée, tout à coup, me fait remarquer Hélène. Te rendrais-je nerveuse, par hasard…?

-Non… C’est seulement que… Enfin…

-Vas-y, dis-moi…

Je me relève quelque peu, quittant son regard. Parfois, il m’est pratique qu’Hélène puisse tout y lire, mais pas cette fois. Si elle savait les démons qui s’affrontent à l’intérieur de moi…

-Je ne me fais pas d’histoire, je décide d’expliquer. En quoi pourrais-je t’attirer, pourquoi cette relation serait plus intense que seulement pour un soir? Je n’ai rien dans la vie, contrairement à toi…

-Ne dis pas ça!

Elle s’est exclamée cela d’une voix forte, non plus un murmure. J’ai pu sentir la détresse à travers ses paroles, une peur incontrôlable qu’elle n’est même pas parvenue à maîtriser.

Hélène me saisit les mains d’un doux mouvement. Tout à coup, je me sens nulle, nue face à elle. Qui suis-je donc, moi? En quoi aurais-je droit à cet amour? Au sien?

-Peu m’importe ce qui nous sépare, continue celle que j’aime. Peu m’importe l’âge, le sexe, nos niveaux de vie. La mienne ne serait plus la même si tu n’acceptais pas d’être avec moi, de la traverser chaque jour en ma compagnie.
 » Je ne désire pas entrer dans la norme, comme les autres. Cela m’importe peu. Je te veux, toi, je te désire, j’aimerais que tu fasses partie de ma vie…

Sous un dernier sourire, teinté de larme, je l’embrasse. Enfin, j’ai droit à ce bonheur… Je le sens se poindre, là-bas, si loin… Mais accessible. Je murmure :

-Je t’aime… Jamais plus je ne serai capable de me passer de toi…

L’astre lunaire, unique témoin de notre union, semble s’illuminer pour nous, deux êtres au-dessus de tout, au-dessus des différences…